Pourquoi l’étang de Rumien situé dans le Perche est-il à sec depuis plusieurs années

Photographie de nature
L’étang de Rumien, situé à Longny-les-Villages dans l’Orne, est l’un de ces endroits du Perche dont le paysage a beaucoup changé en quelques années. Pour qui l’a connu avec une belle surface d’eau libre, découvrir un fond largement végétalisé, puis un étang totalement à sec, peut donner l’impression d’une disparition progressive. Et pourtant, l’histoire est un peu plus complexe.

Dernière mise à jour : octobre 2026.

L‘étang n’a pas simplement « disparu ». Il s’est progressivement envasé et refermé, avant de faire l’objet d’un important chantier de restauration écologique. L’assec que l’on a pu observer n’était donc pas la conséquence mystérieuse d’une disparition de l’eau, mais une étape volontaire d’un programme de restauration.

Dans cet article, je vous propose de revenir sur ce qui s’est réellement passé, de distinguer les phénomènes naturels des idées reçues et de faire le point sur la situation de l’étang de Rumien. Les photographies servent ici à replacer l’étang de Rumien dans son environnement percheron ; elles ne constituent pas une série documentaire du chantier.

L’étang de Rumien : où se trouve-t-il ?

L’étang de Rumien se trouve sur la commune de Longny-les-Villages, dans l’Orne, au cœur du Perche. C’est un étang de plateau, relativement peu profond, intégré à un ensemble de milieux humides et forestiers particulièrement intéressants pour la biodiversité.

Localisation de l’étang de Rumien, à Longny-les-Villages dans l’Orne. La carte permet de situer l’étang dans son environnement du Perche.

Il couvre un peu plus d’une dizaine d’hectares selon les sources cartographiques, et son intérêt écologique est ancien. Le Document d’objectifs Natura 2000 décrivait déjà, il y a plusieurs années, un étang dont la surface en eau libre diminuait progressivement sous l’effet de la végétation, notamment des carex et des saules.

Autrement dit, le problème ne date pas de 2025.

Il était déjà identifié depuis longtemps.

Quelques paysages du Perche issus de ma médiathèque. Ces photographies servent ici à replacer l’étang de Rumien en 2020 dans son environnement percheron ; elles ne constituent pas une série documentaire du chantier.

Pourquoi l’étang s’est-il progressivement vidé ?

La première chose à comprendre est que « se vider » n’est pas exactement le bon terme.

L’étang n’a pas simplement perdu son eau comme pourrait le faire une baignoire dont on aurait retiré le bouchon. Son fond s’est progressivement élevé.

C’est là que commence l’histoire de l’envasement.

L’envasement : le problème de fond

Au fil du temps, un étang accumule naturellement des sédiments : particules minérales apportées par les eaux, matières organiques, débris végétaux, feuilles mortes, etc.

À Rumien, cette accumulation est devenue particulièrement importante. Lors du chantier de restauration réalisé en 2025, environ 40 000 m³ de vase ont été exportés. Le Parc naturel régional du Perche présente ce chantier comme le plus important chantier de restauration d’étang qu’il ait mené dans le cadre des contrats Natura 2000.

40 000 m³, c’est considérable. Mais surtout, cette quantité permet de comprendre pourquoi l’étang donnait progressivement l’impression de disparaître : lorsque le fond remonte, la hauteur d’eau diminue. Les zones peu profondes deviennent alors beaucoup plus favorables à la végétation.

Et le phénomène s’accélère.

Quand la végétation gagne du terrain

Le deuxième phénomène est donc l’atterrissement.

Lorsque l’eau devient moins profonde, les plantes des zones humides peuvent coloniser de nouvelles surfaces. À Rumien, les documents Natura 2000 mentionnent notamment les touradons de carex et les saules.

Ce n’est pas forcément le signe d’une pollution ou d’une catastrophe écologique.

C’est aussi un processus naturel d’évolution d’un plan d’eau.

Un étang n’est pas un objet figé. Il évolue. Il se comble, se végétalise, se transforme progressivement en zone humide puis, à terme, peut tendre vers des milieux plus terrestres.

Le problème est que, dans le cas de Rumien, cette évolution avait réduit fortement les zones d’eau libre et donc une partie des habitats recherchés par certaines espèces d’oiseaux et de plantes aquatiques.

Rumien était-il condamné à disparaître ?

C’est probablement l’une des idées reçues les plus faciles à avoir lorsqu’on découvre aujourd’hui les photographies de l’étang en assec.

On pourrait penser que la nature avait simplement décidé de reprendre ses droits et que l’étang était condamné à disparaître.

Ce n’est pas exactement ce que montrent les documents disponibles.

Le site possédait encore un intérêt écologique important, mais son fonctionnement était devenu moins favorable à certains habitats aquatiques. L’objectif du chantier n’était donc pas de « lutter contre la nature » pour recréer artificiellement un plan d’eau, mais de restaurer une diversité de profondeurs et de milieux permettant à plusieurs formes de vie de coexister.

C’est une nuance importante.

Pourquoi mettre volontairement l’étang à sec ?

C’est probablement le point qui a le plus surpris les personnes qui ont découvert Rumien sans eau. Pourquoi assécher un étang que l’on souhaite justement sauver ?

Parce que l’assec était une étape du chantier.

Avant les travaux de terrassement, l’étang a été maintenu à sec pendant plusieurs mois. Le fait de laisser le fond découvert permet notamment de faciliter l’intervention des engins et de travailler sur un sol suffisamment porteur.

À Rumien, cette période d’assec a également permis à une végétation spécifique de se développer sur le fond temporairement émergé.

Il ne faut donc pas confondre deux choses :

• la diminution progressive de la surface en eau, liée à l’envasement et à l’atterrissement ;
• l’assec volontaire réalisé dans le cadre du chantier de restauration.

Le premier est un processus de dégradation progressive du fonctionnement de l’étang. Le second est une opération de gestion destinée à permettre sa restauration.

L’étang de Rumien vu du ciel, à la fin des travaux de curage, en août 2025. | DAVID COMMENCHAL / PNR DU PERCHE
40 000 m³ de vase retirés

Entre la mi-juin et la fin août 2025, le chantier a pris une tout autre dimension. Des pelles mécaniques de 20 tonnes et des tombereaux ont été utilisés pour extraire et exporter les sédiments. L’objectif n’était pas simplement de rendre le paysage plus joli. Il s’agissait de retrouver des hauteurs d’eau suffisantes, de restaurer le fonctionnement hydraulique de l’étang et de recréer une mosaïque de milieux favorables à la biodiversité. Le chantier a également porté sur les fils d’eau, les chenaux et certains secteurs de la queue d’étang. Une partie de la végétation a été conservée afin de préserver des espèces protégées et de permettre une recolonisation naturelle.

Natura 2000 : pourquoi intervenir ici ?

Rumien se situe dans un secteur concerné par deux sites Natura 2000 : « Forêts et étangs du Perche » et « Forêts, étangs et tourbières du Haut-Perche ».

Cela explique en grande partie pourquoi une telle opération de restauration écologique a pu être montée. Natura 2000 n’est pas un programme destiné à mettre les paysages sous cloche.

L’objectif est de conserver ou de restaurer des habitats et des espèces présentant un intérêt particulier, tout en tenant compte des usages et de la gestion des sites.

Dans le cas de Rumien, l’enjeu est notamment de retrouver un étang capable d’accueillir à nouveau une diversité de végétations aquatiques, amphibies et humides, ainsi que les oiseaux qui dépendent de ces milieux.

Que cherchait-on à retrouver ?

Le chantier ne consistait donc pas à obtenir une grande nappe d’eau uniforme. Au contraire, l’objectif est de retrouver une véritable mosaïque. Des secteurs plus profonds, des zones peu profondes, des herbiers aquatiques, des végétations amphibies, des jonchaies et des cariçaies, des zones temporairement découvertes lorsque le niveau d’eau baisse, des chenaux permettant de guider l’eau.

C’est cette diversité qui fait l’intérêt écologique d’un étang. Le Parc du Perche indique notamment espérer le retour ou le développement d’espèces végétales comme le flûteau nageant et la littorelle à une fleur, ainsi que de nombreux oiseaux d’eau.

Et les poissons dans tout cela ?

L’objectif de la restauration n’est pas uniquement lié aux poissons. C’est une autre simplification fréquente lorsqu’on parle d’un étang : considérer que sa bonne santé se mesure uniquement à la quantité de poissons qu’il peut accueillir.

Dans le cas de Rumien, les enjeux Natura 2000 concernent un ensemble beaucoup plus large : plantes aquatiques, végétation amphibie, zones humides, amphibiens, insectes et oiseaux. Le chantier doit donc être regardé comme une restauration d’écosystème et non comme un simple curage destiné à améliorer un étang de pêche.

La remise en eau

Une fois les travaux terminés, l’objectif était de laisser l’eau revenir progressivement grâce aux pluies et aux fossés tributaires. Le Parc expliquait à la fin du chantier que l’ouvrage de vidange devait être refermé et que l’étang devait progressivement retrouver son niveau d’eau.

Les premières plantes ont rapidement recolonisé certaines parties du fond. C’est d’ailleurs un point intéressant : un fond d’étang mis à nu n’est pas nécessairement un désert biologique. Le sol contient une véritable « banque de graines ». Certaines graines sont apportées par le vent ou les animaux, d’autres étaient déjà présentes dans les anciens sédiments.

Lorsque les conditions redeviennent favorables, la végétation peut donc réapparaître très rapidement.

Autres images de ma médiathèque consacrées au Perche. Là encore, elles illustrent l’ambiance paysagère du territoire et l’etang de Rumien après sa remise en eau. Içi ces photographies datent de octobre 2026.
Ce n’est pas une chronologie photographique du chantier de Rumien.

Alors, où en est l’étang de Rumien aujourd’hui ?

C’est ici que les choses ont changé rapidement. L’inauguration officielle du site restauré a eu lieu le 12 mai 2026 à Longny-les-Villages. Le chantier de curage était alors terminé et l’étang avait retrouvé de l’eau.

La Région Normandie a participé au financement du projet, avec des fonds européens, pour un montant annoncé de 419 000 €. Il faut toutefois être prudent avec l’expression « étang revenu à son état d’origine ».

Ce n’est pas l’objectif. La restauration vise plutôt à retrouver un fonctionnement plus équilibré et une diversité de milieux permettant à l’étang de mieux résister à certaines périodes de sécheresse et de continuer à accueillir une biodiversité importante.

À la date de rédaction de cet article, en octobre 2026, les dernières informations publiques que j’ai trouvées confirment donc la remise en eau et l’achèvement du chantier. Je n’ai pas trouvé de relevé public suffisamment récent permettant de donner un niveau d’eau précis au jour près.

L’étang de Rumien en 2026 après sa remise en eau. (Cliquez pour voir le panorama )

Et le changement climatique dans tout cela ?

Il serait tentant de tout expliquer par les sécheresses des dernières années. Ce serait pourtant trop simple.

Les documents consacrés à Rumien montrent que la diminution de la surface en eau libre était déjà observée bien avant les travaux de 2025. L’envasement, la faible profondeur et la colonisation progressive par la végétation constituent donc le cœur du problème historique. Cela ne signifie pas que le climat n’a aucun rôle.

Au contraire, un étang peu profond et très envasé est particulièrement vulnérable lorsque les périodes sèches deviennent plus longues ou plus fréquentes. La restauration des hauteurs d’eau cherche justement à redonner au milieu une marge de fonctionnement plus importante.

Mais dire « Rumien est à sec à cause du changement climatique » serait donc une explication beaucoup trop courte.

Ce que les photos peuvent raconter

C’est peut-être aussi ce qui rend Rumien particulièrement intéressant pour un photographe.

Un étang en eau raconte un paysage. Un étang en assec raconte autre chose.

La vase, les traces d’eau, les chenaux, les arbres qui gagnent les anciennes zones humides, les plantes pionnières, les sols mis à nu : tout cela devient soudain visible.

L’absence d’eau n’est donc pas seulement une absence. Elle permet de voir le fonctionnement du lieu.

Et dans quelques années, lorsque la végétation aura évolué et que les arbres auront à nouveau cadré la surface de l’étang, ces photographies de l’assec constitueront à leur tour des marqueurs temporels. C’est précisément ce que j’aime dans la photographie de paysage : ne pas seulement photographier un endroit, mais garder une trace de son évolution.

Ce qu’il faut retenir

Si je devais résumer l’histoire de Rumien en quelques lignes :

Non, l’étang de Rumien n’est pas simplement « à sec depuis plusieurs années ».

Il connaissait depuis longtemps un phénomène d’envasement et d’atterrissement qui réduisait progressivement sa surface d’eau libre.

Oui, il a été volontairement mis à sec.

Mais cet assec faisait partie d’un chantier de restauration écologique.

Oui, une quantité considérable de vase a été retirée.

Environ 40 000 m³ ont été exportés lors du chantier de 2025.

Non, le but n’était pas simplement de recréer une grande étendue d’eau.

Le projet cherche à restaurer une mosaïque de milieux aquatiques, amphibies et humides favorables à la biodiversité.

Et surtout, l’étang n’est pas condamné à disparaître.

Il a été remis en eau en 2026 et fait désormais l’objet d’une nouvelle phase : celle de l’observation de son évolution et de la recolonisation progressive du milieu. C’est probablement cette dernière étape qui sera la plus intéressante à suivre. Car après avoir photographié un étang presque disparu, il reste maintenant à photographier sa renaissance.

Pour aller plus loin

À lire :

• Parc naturel régional du Perche — Retour sur le plus gros chantier Natura 2000 de restauration d’étang du Perche.

• Parc naturel régional du Perche — Restauration d’étangs : et de onze !.

• Parc naturel régional du Perche — 6 questions sur les restaurations d’étangs.

• Document d’objectifs Natura 2000 « Forêts et étangs du Perche », qui permet notamment de comprendre l’évolution historique de Rumien.

• Office français de la biodiversité — Les zones humides, pour mieux comprendre le fonctionnement et les enjeux de ces milieux.

À regarder :

Cette vidéo montre une opération de curage d’étang. Elle n’est pas consacrée à Rumien et est proposée uniquement pour visualiser concrètement le type d’intervention évoqué dans cet article.

Cette vidéo de l’Office français de la biodiversité présente un projet de restauration de mares et de milieux humides. Là encore, il ne s’agit pas de Rumien mais d’un exemple permettant de mieux comprendre les logiques de restauration écologique.

À propos des sources
Cet article s’appuie notamment sur les documents et informations publiés par le Parc naturel régional du Perche, les documents Natura 2000, les données publiques relatives au plan d’eau et les informations publiées en 2026 sur l’achèvement du chantier.

Les photographies utilisées dans cet article proviennent de ma médiathèque. Lorsqu’une photographie n’est pas explicitement documentée comme ayant été prise à l’étang de Rumien, je la présente comme une illustration du paysage percheron et non comme une photographie documentaire du site.

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